Souhaitant rétablir la vérité sur les événements tragiques qui ont marqué la Côte d’Ivoire durant son mandat, Laurent Gbagbo a adressé un courrier à la CPI intitulé : « Tant qu’un fait n’est pas jugé totalement, il devient une injustice ».
Dans ce document, il retrace les grandes étapes de la crise politico-militaire, depuis son accession au pouvoir en 2000 jusqu’à son arrestation en 2011 et son acquittement définitif par la Cour pénale internationale.
Pour l’ancien président, son objectif est clair : que la justice internationale poursuive sa quête de vérité et éclaire tous les faits encore non élucidés.
Des premiers drames au pays en crise
Dès son premier Conseil des ministres, en octobre 2000, Laurent Gbagbo affirme avoir été confronté à la découverte du charnier de Yopougon, un événement pour lequel il dit avoir immédiatement saisi la justice. Il souligne que, selon les conclusions judiciaires de l’époque, les gendarmes accusés avaient été blanchis.
Peu après, le pays est frappé par une série d’attaques armées qui mèneront à la rébellion du 19 septembre 2002, provoquant la partition de la Côte d’Ivoire entre Nord et Sud.
S’ensuivent plusieurs années de guerre, de médiations internationales et d’accords politiques, parmi lesquels l’Accord de Ouagadougou de mars 2007, présenté comme une étape décisive vers la paix.

Des décisions politiques majeures
Dans son courrier, Laurent Gbagbo assume deux choix historiques : autoriser la candidature d’Alassane Ouattara, levant ainsi un blocage politique majeur ; engager un dialogue direct avec Guillaume Soro, chef de la rébellion, dans l’espoir de ramener la paix.
Malgré ces efforts, notamment la Flamme de la paix allumée en 2007, le désarmement des forces rebelles demeure incomplet.
Sous pression internationale, l’élection présidentielle de 2010 est finalement organisée, ouvrant une nouvelle séquence dramatique : la crise post-électorale.
De l’arrestation à l’acquittement
Proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel, Laurent Gbagbo refuse la remise en cause de ce verdict par l’ONU et plusieurs acteurs internationaux. Les affrontements qui suivent conduisent à son arrestation le 11 avril 2011 et à son transfèrement à la CPI.
Aux côtés de Charles Blé Goudé, il est acquitté en 2019, puis définitivement blanchi en 2021.
Mais pour lui, des zones d’ombre demeurent : Pourquoi seuls certains responsables ont-ils été poursuivis ? Qui a conçu, armé et financé la rébellion ? Pourquoi les victimes, notamment dans l’Ouest ivoirien, attendent-elles toujours justice ?
Estimant que l’histoire de la crise ivoirienne n’a pas été entièrement jugée, Laurent Gbagbo annonce avoir saisi de nouveau la CPI afin que « toute la lumière soit faite ».
Pour l’ancien président, la vérité reste une condition indispensable à une paix durable : tant que l’ensemble des faits ne seront pas examinés, affirme-t-il, l’injustice continuera de peser sur la Côte d’Ivoire.
E. Kuyo