Face aux visiteurs, la coordinatrice des activités de jour de la structure, Ahizi Née Bolou Ange-Blandine, a dressé un état des lieux préoccupant et lancé un appel à la solidarité.
Située à Ahougnanssou Château, la communauté de l’Arche accompagne depuis près de 52 ans des personnes en situation de handicap mental et de déficience intellectuelle. La visite, conduite côté CAPH-VB par son président Coulibaly Daouda et côté DIPACI par son secrétaire général national adjoint Badi Bakayoko, visait notamment à permettre aux délégations de mieux comprendre les réalités du centre et d’identifier les besoins auxquels un éventuel soutien pourrait répondre.
Des infrastructures fortement dégradées
Au cours des échanges, Ahizi Née Bolou Ange-Blandine a présenté les différentes catégories de personnes accueillies au sein de la structure, notamment des personnes présentant une déficience intellectuelle, des personnes autistes, trisomiques ou atteintes d’infirmité motrice cérébrale (IMC).

La communauté dispose de quatre foyers de vie et de trois grands secteurs d’activités. Elle accompagne environ 106 pensionnaires, dont plus de 90 vivent en famille, tandis que d’autres sont accueillis dans les foyers ou participent aux activités de jour en externat.
Mais derrière cette mission d’accompagnement, la responsable décrit une situation matérielle devenue difficile. « Ici, nous sommes confrontés à d’énormes difficultés, les bâtiments sont devenus très vétustes », a-t-elle expliqué.
Les besoins concernent aussi bien les espaces dédiés aux activités professionnelles et à la socialisation que les foyers dans lesquels vivent les pensionnaires. La réhabilitation de ces différents bâtiments constitue ainsi l’une des principales préoccupations exprimées par les responsables de l’Arche.
La ferme agro-pastorale à l’arrêt
Autre difficulté majeure : la mise à l’arrêt de certaines activités génératrices de revenus. La ferme agro-pastorale, qui constituait auparavant une source importante de revenus pour la structure, est aujourd’hui fermée en raison de difficultés financières.
Pour la coordinatrice des activités de jour, la relance de cette activité permettrait à l’Arche de renforcer son autonomie financière et de contribuer directement à la prise en charge des pensionnaires. « Nous ne voulons pas seulement qu’on nous donne du poisson, nous voulons apprendre à pêcher », a-t-elle insisté.
La réouverture de la ferme permettrait notamment de générer des ressources destinées à l’achat de médicaments, à l’alimentation et aux autres besoins quotidiens des personnes accompagnées. En attendant une reprise de ses activités, la structure reste ouverte aux dons en vivres et en numéraire, mais également aux initiatives de parrainage individuel. Les besoins médicaux représentent, selon les responsables, une charge particulièrement importante.
Un appel aux pouvoirs publics
Au-delà du soutien ponctuel, l’Arche de Bouaké souhaite bénéficier d’un accompagnement institutionnel plus conséquent. La structure sollicite notamment la mise à disposition de travailleurs sociaux qualifiés ainsi qu’un renforcement des subventions accordées par les collectivités territoriales et le ministère de tutelle. « Nous bénéficions déjà d’une subvention, mais nous en avons besoin dans une certaine mesure, d’un peu plus », a précisé Ahizi Née Bolou Ange-Blandine.
Cet appel traduit la volonté de la structure de disposer de moyens suffisants pour assurer durablement sa mission auprès des personnes en situation de handicap.

L’impératif de changer de regard sur le handicap
Au-delà des difficultés matérielles, la responsable de l’Arche a insisté sur la nécessité de faire évoluer le regard porté par la société sur les personnes présentant une déficience intellectuelle. Elle rappelle que ces personnes sont avant tout des êtres humains, titulaires de droits et capables de vivre au sein de la communauté. « Les personnes avec déficience intellectuelle [...] sont des personnes comme tout le monde, elles ont leurs droits et on peut vivre avec elles », a-t-elle déclaré, appelant les familles à privilégier l’accompagnement, l’affection et la protection plutôt que l’abandon ou la stigmatisation.
Elle a également dénoncé certaines croyances et pratiques qui conduisent encore des familles à marginaliser leurs enfants en situation de handicap, appelant les parents à se mobiliser pour mettre fin à ces formes d’exclusion. La visite aura surtout permis de mettre en évidence une réalité souvent peu visible : derrière les efforts quotidiens des structures spécialisées, les besoins en infrastructures, en personnel qualifié, en financement et en accompagnement médical restent considérables.
À travers cet appel, l’Arche de Bouaké espère désormais voir se renforcer la mobilisation des pouvoirs publics, des collectivités, des organisations de la société civile, des entreprises et des personnes de bonne volonté.
Démostaine D. et E. K