La décision est tombée tard dans la soirée du 1ᵉʳ décembre : les clubs pourront conserver leurs joueurs africains jusqu’au 15 décembre, soit seulement six jours avant le début de la compétition au Maroc. Une entorse à la règle habituelle, qui impose une libération deux semaines avant un tournoi continental et qui plonge de nombreuses fédérations dans l’incertitude.
Une dérogation qui bouscule les plans des sélections
Selon L’Équipe , cette dérogation a été actée lors d’une réunion entre la FIFA et l’ECA le 29 novembre. Les clubs européens, soutenus par l’UEFA, estimaient qu’une libération au 8 décembre serait trop précoce dans un calendrier déjà saturé. Le contexte est d’autant plus particulier que la CAN aurait dû se dérouler l’été dernier, avant d’être reportée pour laisser place au nouveau Mondial des clubs.
Cette décision, qui n’a pas encore fait l’objet d’une communication formelle de la FIFA, place les joueurs dans une situation inconfortable. À Liverpool, Arne Slot a confirmé que Mohamed Salah ne rejoindrait l’Égypte qu’à partir du 15 décembre. En France, l’Olympique de Marseille pourrait également profiter de ce délai : Nayef Aguerd et Pierre-Emerick Aubameyang resteront disponibles pour les rencontres du 5, 9 et 14 décembre.
La colère des sélectionneurs africains
Les sélectionneurs n’ont pas été consultés. Patrice Beaumelle, à la tête de l’Angola, a exprimé son mécontentement dans plusieurs médias. Sur RMC Sport, il fustige “un manque total de concertation” et déplore un stage totalement compromis.
Il avait planifié un regroupement du 8 au 18 décembre au Portugal, suivi d’une arrivée quatre jours avant le premier match, le 22 décembre. “Hôtels, terrains, billets, visas… toute une logistique engagée depuis deux mois. Et une semaine avant le stage, tout s’effondre”, regrette-t-il.
Sur RFI, il s’était déjà alarmé : “Trois séances, ce n’est plus un stage, c’est du bricolage ! Préparer une CAN ainsi, c’est dramatique.”
Un appel au respect du football africain
Beaumelle pointe directement la responsabilité de la FIFA, appelant à une réforme du dialogue : “La CAN est suivie dans le monde entier. Les joueurs africains sont partout. Cette compétition mérite d’être respectée.”
Il plaide pour la création d’un comité d’experts africains capable d’interagir d’égal à égal avec les institutions européennes.
Même écho du côté de Gernot Rohr, sélectionneur du Bénin, dont le stage devait commencer le 10 décembre. Il dénonce un délai “insuffisant pour préparer une équipe” et un “manque de respect envers les sélectionneurs”.
Certains entraîneurs ont même décidé d’annuler leur stage pour rejoindre directement le Maroc, une solution loin d’être idéale. “Sur le site de la compétition, vous perdez l’intimité, la liberté tactique, la possibilité de tester les systèmes”, soulignent-ils.
Entre contraintes européennes, calendrier surchargé et décisions unilatérales, la préparation de la CAN 2025 vire au casse-tête. Alors que le football africain ne cesse de gagner en visibilité, nombreux sont ceux qui appellent désormais la FIFA à accorder à la compétition le respect et la considération qu’elle mérite.
E. Kuyo