Dans une atmosphère politique sous haute tension, le Cameroun est entré dans une zone d’incertitude post-électorale. Depuis sa résidence de Garoua, dans le Nord, le candidat du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), Issa Tchiroma Bakary, a annoncé sa victoire à la présidentielle à travers un message relayé sur les réseaux sociaux.
Il y salue “la maturité du peuple camerounais” et “le courage de ceux qui ont défendu la vérité des urnes”. Cette proclamation a immédiatement suscité une onde de choc dans le paysage politique, où le pouvoir en place parle d’une “manipulation grossière”.
Une réaction ferme du gouvernement
Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, n’a pas tardé à réagir. Il a dénoncé “un comportement irresponsable” et “une tentative de troubler le processus électoral”.
“Issa Tchiroma Bakary cherche à perturber le processus électoral qui se déroule actuellement”,
a-t-il martelé, rappelant que seul le Conseil constitutionnel est habilité à proclamer les résultats officiels.
Pour le gouvernement, cette mise au point vise à restaurer la légitimité des institutions dans une période marquée par les suspicions et la désinformation.
Des candidats divisés sur la revendication
Pendant que le pouvoir réaffirme son autorité, d’autres candidats adoptent des positions variées. Akere Muna et Ateki Caxton ont salué “les bonnes performances” du candidat du FSNC, sans toutefois reconnaître sa victoire.
À l’inverse, Hermine Patricia Tomaino Ndam Njoya a dénoncé “de graves irrégularités”, alertant sur un possible “déni de démocratie” si la transparence du scrutin n’est pas garantie.
Garoua sous tension
À Garoua, la tension est montée d’un cran. Des convois d’hommes et de matériel en provenance de Yaoundé convergent vers la ville, alimentant les craintes d’affrontements.
Ces mouvements interviennent après les échauffourées de dimanche aux abords du domicile de Tchiroma Bakary, révélant la fragilité de la situation sécuritaire. Les habitants vivent désormais au rythme des rumeurs et de la peur.
Des irrégularités qui fragilisent le scrutin
Si le vote de dimanche s’est globalement déroulé dans le calme, plusieurs organisations de la société civile ont relevé des “irrégularités majeures”.
Elles dénoncent notamment la publication tardive des listes électorales et de certains bureaux de vote, empêchant de nombreux citoyens d’exercer leur droit civique.
Des cas de votes multiples et de bourrages d’urnes ont également été signalés, jetant le doute sur la crédibilité du processus électoral.
Une démocratie à l’épreuve
Alors que le pays attend les résultats officiels, les revendications de victoire et les accusations d’irrégularités nourrissent les inquiétudes.
Le Cameroun, fidèle à sa tradition politique tendue, se trouve à la croisée des chemins entre désordre électoral et maturité démocratique.
La communauté internationale et les observateurs nationaux appellent au calme et à la transparence, espérant que la vérité des urnes l’emporte sur les passions.
E. Kuyo