La nationalisation de la Somaïr, filiale historique d’Orano, marque un tournant dans les relations entre le Niger et le groupe nucléaire français. Depuis le coup d’État de juillet 2023, la junte au pouvoir n’a cessé de dénoncer l’héritage d’une coopération jugée déséquilibrée et peu avantageuse pour le pays.
En décembre 2024, Orano perdait déjà le contrôle opérationnel de ses trois entités : la Somaïr, la Cominak — fermée depuis 2021 — et le vaste gisement d’Imouraren. La décision de Niamey d’écarter définitivement l’entreprise a ouvert une période de tensions diplomatiques avec Paris, sur fond de repositionnement géopolitique.
Le Niger met en vente son uranium sur le marché international
Le 30 novembre 2025, les autorités nigériennes ont annoncé que l’uranium extrait par la Somaïr serait désormais proposé sur le marché mondial. Une prise de position forte, présentée comme un acte de souveraineté économique.
« Le Niger, digne, met sur le marché international sa propre production », a rapporté Télé Sahel en relayant les propos du général Abdourahamane Tiani. Le chef de la junte revendique le droit du pays à disposer de ses ressources « en toute indépendance », et à les vendre aux partenaires de son choix.
Le gisement d’Imouraren, l’un des plus importants au monde avec environ 200 000 tonnes de réserves, symbolise ce nouvel élan stratégique. Le permis d’exploitation retiré à Orano a été l’un des signaux les plus forts de cette réorientation.
Un contentieux juridique qui s’intensifie
Le conflit entre Orano et le Niger s’est déplacé sur le terrain judiciaire. Le groupe français, détenu majoritairement par l’État, a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international. Fin septembre 2025, un tribunal a donné raison à Orano concernant la Somaïr, ordonnant à Niamey de ne pas commercialiser les quelque 1 300 tonnes de concentré d’uranium en stock — une valeur estimée à 250 millions d’euros.
Malgré ces injonctions, des enquêtes relayées par LSI Africa et Wamaps indiquent qu’un convoi de 1 000 tonnes d’uranium aurait récemment quitté Arlit, dans le nord du pays, pour rejoindre le port de Lomé au Togo via le Burkina Faso. Une information non confirmée par Niamey, mais qui alimente les spéculations sur les acheteurs potentiels.
Vers une redéfinition des partenaires du secteur minier
En quête de nouveaux alliés, le Niger manifeste ouvertement son intérêt pour une coopération avec l’Iran ou la Russie, deux acteurs prêts à s’imposer dans le marché de l’uranium. Moscou avait déjà exprimé en juillet sa volonté d’exploiter le minerai nigérien.
Avec 4,7 % de la production mondiale d’uranium naturel (chiffres ESA 2021), le Niger reste un acteur stratégique incontournable pour l’approvisionnement énergétique international.
En rompant avec Orano et en s’émancipant de son historique partenaire français, le Niger redéfinit son avenir minier et diplomatique. Entre revendication de souveraineté, repositionnement géopolitique et bataille juridique, l’uranium nigérien devient l’un des symboles les plus marquants de la recomposition des alliances au Sahel.
E. Kuyo